Savio Michellod - Conseiller communal et député - msavio.org

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29 janv. 2011

Monnaie unique, crises multiples

Article paru dans Profil, décembre 2010

Une union monétaire, composée de régions hétéroclites, est viable à long terme uniquement si elle est coiffée par une gouvernance économique forte.  Si, à l’époque, l’Union européenne y a renoncé, ce n’était pas par ignorance. Elle devait faire face à l’opposition des gouvernements des Etats membres, soucieux de conserver leurs prérogatives budgétaires et fiscales.  L’introduction de l’Euro n’avait pas non plus la faveur des citoyens concernés ; les deux pays ayant voté sur la monnaie unique (Danemark et Suède) l’ont rejetée. Un colosse au pied d’argile fut donc édifié. Une crise économique plus tard, il menace de s’effondrer. Pour des questions de survie, selon le Président du Conseil européen Herman Van Rompuy, un contrôle des budgets nationaux est imposé et un fond destiné aux pays en difficulté est créé. Un embryon de gouvernance économique européenne est en place. Cela suffira-t-il ?

On peut légitimement en douter. Si l’Espagne devait chanceler, l’UE serait dans une situation périlleuse. Le prix de son maintien dans la zone Euro serait exorbitant. Et le problème n’est pas uniquement économique. Les plans de sauvetages irlandais et grecs ont été accompagnés de mesure d’austérité sans précédent, faisant craindre une explosion sociale. L’Espagne, par sa taille, pourrait mettre toute l’UE en péril et affecter la reprise économique mondiale. L’euro pourrait-il disparaître ?

Certain y pensent et, au fond, ce ne serait pas forcément négatif. De nombreuses unions monétaires se sont effondrées, sans que les pays concernés ne finissent ruinés. Bien au contraire, ce fut un nouveau départ. Si le coût économique est supportable, le prix politique ne peut l’être. Les dirigeants européens savent que de la survie de l’Euro dépend celle de l’UE. Tout sera donc mis en œuvre pour en assurer la pérennité. A quel prix ? Celui de l’austérité.

Les pays hors de la zone Euro s’en sont-ils mieux sortis ? Si l’on observe la Suisse, c’est évident. Pour être plus objectif, comparons deux pays aux destins proches : l’Irlande et l’Islande. L’Islande a connu une crise bancaire similaire à celle de l’Irlande, fin 2008, et vient de sortir de la récession. L’Irlande, elle, s’enfonce chaque jour un peu plus. La différence ? L’Islande disposait de la souveraineté monétaire et a, de ce fait, dévalué sa devise. En plus, elle a nationalisé les banques, en laissant les investisseurs payer leurs erreurs. L’Irlande, n’ayant pas ces possibilités, a du transférer la totalité de la réduction de sa dette sur ses citoyens, au travers de plans d’austérités durables.

L’avenir de l’Europe est, dans tous les cas, un sujet d’étude passionnant pour les économistes et les sociologues. En plus d’être la seule région du monde ou la reprise est à la peine, le spectre des tensions sociales y ressurgit. Le nationalisme réapparait partout en Europe, avec le retour de l’extrême droite dans les Parlements. Aujourd’hui donc, rien ne prouve que l’Euro ait apporté croissance et stabilité, bien au contraire ! 
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