Un front fribourgeois uni derrière le oui

Article paru dans La Gruyère du 27 Janvier 2011
ALAIN SANSONNENS 

Le comité régional «Pour la protection face à la violence des armes» a déroulé ses arguments en faveur d’un oui le 13 février.    

Un psychiatre, une assistante sociale et trois partis politiques de gauche, rejoints – surprise – par… les Jeunes 
libéraux-radicaux: le comité régional fribourgeois  «Pour la protection face à la violence des armes»,  formé récemment, s’est dévoilé à la presse. Les femmes PDC et les Vert’libéraux s’affichent également à ses côtés, mais ils n’étaient pas représentés hier.  

A l’approche de la votation du 13 février, spécialistes ayant régulièrement affaire avec des victimes  de la violence des armes et avec des personnes à risques  de suicide et représentants politiques ont déroulé  leurs arguments en faveur du oui à l’initiative. Chaque année, les armes à feu provoquent la perte d’environ 300 vies humaines en Suisse. Ce sont 300 morts de trop, insiste le comité de soutien, qui espère ramener dans son camp les Fribourgeois encore indécis.  

Menaces conjugales  
La première à «dégainer» a été la codirectrice de Solidarité Femmes et du Centre LAVI (Loi fédérale d’aide aux victimes d’infractions) Fribourg, Claudia Meyer. Pour l’assistante sociale, la présence d’une arme au domicile représente un danger voire une menace pour tous les membres du ménage, en particulier pour les femmes et les enfants.  

«Beaucoup d’hommes violents menacent leur femme pour les rendre dociles ou pour décourager leur projet de séparation. Pour cela, ils font allusion aux armes à feu qu’ils ont quelque part dans l’appartement.» L’an dernier, Solidarité Femmes Fribourg a reçu quatre femmes victimes de menaces directes avec des armes à feu et huit femmes victimes de menaces indirectes, ceci dans le cadre conjugal ou familial. Au niveau suisse, en 2009, les maisons d’accueil et les centres de consultation adhérant à la Fédération Solidarité Femmes ont recensé 43 menaces directes avec de telles armes et 96 indirectes.  

Vie humaine et fierté 
Au nom du Parti socialiste fribourgeois (PSF), Xavier Ganioz a, lui, souligné l’importance d’un registre centralisé des armes. «La création d’un registre fédéral est une mesure indispensable pour prévenir et combattre efficacement la criminalité.» Et le vice-président  du PSF d’ajouter: «En Suisse, on recense les voitures, les chiens, les cochons… Il est insensé de soustraire à l’obligation d’enregistrement des objets aussi dangereux que les armes à feu.»  «Dans d’autres campagnes, nos adversaires appellent régulièrement aux mesures plus dures pour sécuriser le pays. Pourquoi pas ici?» s’interroge Christa Mutter. La députée des Verts de la ville de Fribourg a insisté sur le  fait que même si l’initiative ne sauvait que quelques vies par année, elle serait pleinement justifiée. «Chaque vie humaine est plus importante que la fierté des anciens soldats», a-t-elle martelé.  Président du Parti chrétien-social fribourgeois, Philippe Wandeler a rappelé que tireurs, chasseurs et collectionneurs ne sont pas visés le 13 février prochain. «Ceux qui savent utiliser leur arme de manière responsable n’ont rien à craindre de cette initiative.» La protection de vies humaines compense largement les tracasseries administratives supplémentaires auxquelles seront soumises ces personnes pratiquant leur  passion. «Nous pensons que les tireurs les accepteront si elles permettent de sauver même une seule vie humaine!»  

Contre le parti mère 
Pour avoir rejoint le comité de soutien à l’initiative, les Jeunes libéraux-radicaux (JLR) fribourgeois se feront-ils tirer les oreilles par leurs aînés, ce soir lors de l’assemblée cantonale extraordinaire du parti mère? «Si, sur cet objet, nous sommes en désaccord avec le PLR, c’est parce que la position des jeunes face à l’armée a changé, a expliqué Savio Michellod, secrétaire général des JLR. Nous ne voyons pas la nécessité de l’arme militaire à la maison.» Pour les JLR, la sécurité des citoyens doit primer sur tout: «Réduire le nombre d’armes en circulation permettra sans aucun doute de diminuer les drames.»  

Un avis corroboré par le Dr Patrick Haemmerle, psychiatre et président de l’association Prévention du suicide dans le canton de Fribourg, pour qui la réduction des possibilités d’accès à des armes à feu réduit le taux de suicides. «L’acte suicidaire est souvent un acte impulsif – on parle de “passage à l’acte”. Si le moyen mortel n’est pas disponible, le “projet suicidaire” est le plus souvent reporté.» De l’avis des spécialistes, une centaine de suicides seraient ainsi évités chaque année en Suisse.   
  
L’objet en bref 
L’initiative populaire «Pour la protection face à la violence des armes» demande:  
  • la preuve du besoin de posséder une arme à feu et de la capacité à la manipuler;  
  • l’interdiction des armes dites «particulièrement dangereuses», comme les armes à feu automatiques et les fusils à pompe;  
  • la création d’un registre central des armes à feu auprès de la Confédération;  
  • de renoncer à la détention de l’arme personnelle des militaires à domicile;  
  • l’interdiction de remettre leur arme personnelle aux militaires au terme de leurs obligations militaires.  

En Suisse, un foyer sur trois détient au moins une  arme à feu. Quelque 2,3 millions d’armes à feu sont en circulation dans le pays, dont 1,7 mio d’armes militaires (1,448 mio cédées à d’anciens soldats et 252000 prêtées à des soldats actifs).  

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Fourni par Blogger.
© Savio Michellod

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