«Une vie vaut plus que la fierté d’un militaire»

Article paru dans La Liberté du 27 janvier 2011
CLAUDE-ALAIN GAILLET 

Un «comité régional fribourgeois» de soutien à l’initiative «Pour la protection face à la violence des armes» s’est constitué. Il réunit notamment le Dr Patrick Haemmerle, président de l’association Prévention du suicide dans le canton de Fribourg, Claudia Meyer, codirectrice de  Solidarité Femmes, les députés Xavier Ganioz du PS  et Christa Mutter des Verts, le président du PCS fribourgeois Philippe Wandeler et Savio Michellod, secrétaire des Jeunes libéraux-radicaux fribourgeois. Ce comité a présenté hier ses arguments. 

L’initiative n’est pas une loi contre la criminalité, ni contre la violence des jeunes, elle n’est pas non plus dirigée contre les chasseurs et les tireurs sportifs, et elle ne vise pas l’industrie des armes, a posé le Dr Haemmerle. Ce qui préoccupe ses partisans, c’est la présence d’armes à domicile utilisées par certains hommes pour faire pression sur leurs conjointes. L’an dernier par exemple, Solidarité femmes a reçu quatre femmes sur lesquelles on avait pointé une arme et huit qui ont été victimes de menaces indirectes. Selon Claudia Meyer, ces chiffres ne reflètent qu’une petite partie de la réalité. 

Autre argument avancé: les suicides par arme à feu. Statistiques à l’appui, Patrick Haemmerle est formel: le taux de suicides est plus élevé dans les pays qui autorisent la détention d’armes à domicile. «Ce sont surtout les jeunes hommes qui se tuent ainsi. Si l’arme n’est pas disponible, cela permet une pause qui peut être salutaire», assure le spécialiste. Et l’on évitera ainsi bien des traumatismes familiaux.  

Pour Xavier Ganioz, la remise d’armes d’ordonnance aux soldats ne se justifie pas d’un point de vue militaire dans la situation actuelle de la Suisse. La mise en place d’un registre fédéral des armes, préconisée  par l’initiative, est une mesure «indispensable pour prévenir et combattre efficacement la criminalité ». L’initiative n’empêchera ni les tirs en campagne ni les tirs obligatoires. «Les chasseurs et les collectionneurs d’armes n’ont rien à craindre de l’initiative», assure Philippe Wandeler. «Une vie humaine est plus importante que la fierté des anciens soldats», juge pour sa part Christa Mutter.

Quant à Savio Michellod, il est conscient que l’initiative entraînera des coûts supplémentaires. Toutefois, les jeunes radicaux «refusent d’empoigner une calculatrice lorsqu’il est question de sécurité des citoyens». A travers cette initiative, ils entendent aussi «relancer le  débat sur l’obligation de servir». Ils soutiennent  l’idée d’une armée professionnelle ou d’une armée de miliciens volontaires. «Nous refusons de céder à toute pression visant à conserver des valeurs soi-disant chères à la Suisse. Ces valeurs appartiennent aux guerriers et les Suisses ne sont pas des guerriers», affirme Savio Michellod, qui lance un appel aux jeunes. 

Pour passer, l’initiative a besoin de la double majorité des citoyens et des cantons. Avec le poids de ses tireurs et de ses chasseurs, Fribourg pourrait être un des cantons clés de la votation du 13 février. Le comité régional tentera de faire passer son message avec des moyens modestes, tels que la distribution de flyers. 

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Fourni par Blogger.
© Savio Michellod

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