Fribourg, rattrapé par ses démons

Fribourg vit des heures sombres. Saga hospitalière, "dortoirisation" du canton, finances moroses, PDC en pleine confusion... Et ce n'est pas le collège gouvernemental, ayant connu de meilleurs jours, qui rassurera quiconque. 

Les rebondissements de l'alliance de droite pour l'élection complémentaire du Conseil d'Etat font presque oublier la saga locale de l'année: l'Hôpital fribourgeois (HFR). Questions, postulats, motions parlementaires ou populaires, initiative, pétitions; tous les instruments démocratiques ont été mis à profit pour tenter d'infléchir et/ou (c'est selon) d'éclaircir la stratégie hospitalière du canton. Au terme d'un exercice de communication aussi pitoyable que burlesque, le Conseil d'administration de l'HFR a annoncé sa combinaison gagnante: tout centraliser sur le site de Fribourg, en investissant plus d'un demi-milliard, maternité de catégorie A (universitaire) comprise. Un site unique de soins aigus dans le canton et un hôpital de pointe, coincé entre le CHUV et l'Inselspital. En tentant d'entrer dans la cour des hôpitaux universitaires, l'HFR pourrait bien creuser sa propre tombe. Sa proximité des patients était sa force... La centralisation supprimera également un nombre important d'emplois dans les districts périphériques, de façon directe ou non (un hôpital est un client important pour certaines entreprises...), renforçant encore le statut peu enviable de cité dortoir de maints bourgs et villages. 

Alors Fribourg, un canton dortoir ? Les statistiques portent à croire que oui. D'une part, Fribourg reste le champion national de la pendularité sortante, 35'000 personnes partent travailler dans un autre canton chaque matin. D'autre part, le canton peine à accueillir de nouvelles sociétés à fort potentiel fiscal. Nespresso à Romont en est l'exemple type. Bien que prestigieuse, l'entreprise ne créera pas d'emploi à forte valeur ajoutée. Quant à la centrale de distribution de Lidl, à Sévaz, n'en parlons même pas. La promotion économique du canton ne cherche sans doute pas à attirer de bons contribuables sur les rares terrains bien situés. Étonnant lorsqu'on entend qu'une grande partie des nouveaux Fribourgeois ne paient (presque) pas d'impôts. Il reste une lueur d'espoir: blueFACTORY. Alors espérons ! 

Malgré cette impuissance à attirer de bons contribuables, par manque de courage sans doute, le canton de Fribourg a ficelé à la hâte un plan d'économies de bouts de chandelles... Si la masse salariale de l'administration continue à croître plus rapidement que les rentrées fiscales, le réveil risque d'être difficile. Je tiens à rappeler à nos amis de gauche, dont le sport favori reste la distribution de l'argent des autres, que les baisses d'impôts ne sont pour rien à cette situation. Vous n'avez qu'à vérifier: les recettes fiscales du canton n'ont cessé d'augmenter. A un rythme plus faible que les dépenses, malheureusement, malgré un Conseil d'Etat à droite (bon, d'accord, nous avons 1 PLR de droite, 1 PDC de droite, 1 PDC du centre, 1 PDC de gauche, 2 socialistes de gauche et 1 vert de gauche. Tout est relatif). 

L'élection complémentaire au Conseil d'Etat a permis au PDC de mettre en pleine lumière ses antagonismes. Soudainement, ce parti, tantôt de gauche, tantôt de droite, par peur de perdre un siège, a voulu s'allier avec l'UDC et le PLR. Deux partis bien à droite. L'UDC, ennemie éternelle de l'aile gauche démocrate-chrétienne, est maintenant courtisée par la majorité des délégués PDC. Un PDC a droite, donc ? Bon, il faut l'avouer, ça n'a pas été simple. Le PDC a d'abord dit oui, puis non, puis finalement oui, avec un amendement: pas (encore) d'alliance pour les fédérales. Si le PLR valide la convention le 21 août, la droite fera front uni derrière Jean-Pierre Siggen. Autant dire qu'après les errements du PDC, la tâche ne sera pas facile. La convention lui apportera de précieuses voix, cela suffira-t-il ?
Cette complémentaire ferait presque rêver à un Bourgeois, un Rime, un de Buman, un Schwaller ou encore un Levrat au Conseil d'Etat. Je suis loin de partager les idées de certains d'entre eux mais ces gens, en plus d'être compétents, sont de fins stratèges, capables de faire équipe lorsqu'il s'agit de défendre leur canton. Un ancien conseiller aux Etats, devenu conseiller fédéral, est d'ailleurs (in)directement responsable des tourmentes démocrates-chrétiennes. En plus d'avoir contraint un PDC apeuré à se positionner, ce qui est déjà un exploit, parviendra-t-il à faire basculer le Conseil d'Etat (plus) à gauche ?

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